lundi, 29 octobre 2007
Barbara Kingsolver : Les yeux dans les arbres
Les vacances scolaires ont ceci de bon pour les documentalistes qu’elles leur permettent de finir la lecture de quelques uns des 1001 livres en cours de lecture sur leur table de nuit. Je viens donc de finir l’extraordinaire roman de Barbara Kingsolver Les yeux dans les arbres, publié en poche par Payot-rivages.
Honnêtement, l’histoire est trop vaste pour être racontée. Disons qu'un pasteur arrive au Congo Belge quelques années avant l’indépendance (1960). Il n’a qu’un seul soucis dans sa vie : évangéliser les sauvages, mettre les gens sur le bon chemin, à commencer par sa famille : une femme, Orléana et ses quatre filles, Rachel, Leah, Adah, et Ruth-May.
Non sans ironie, Barbara Kingsolver raconte l’énormité de ce malentendu initial qui va précipiter cinq femmes dans une vie où l’Afrique supplantera peu à peu tout ce qui a pu être avant le grand voyage. Par effet de miroir, la famille Price révèlera un autre grand malentendu encore plus lourd de conséquences : la colonisation. Racontée alternativement par les femmes de la familles Price, l’histoire se déroule dans le vécu de chacune, y imprimant de manière indélébile des blessures, des espoirs, des enfermements.
Quand je dis malentendu, il ne faut cependant pas croire que tout le monde sort absout de cette confrontation. La mort de Patrice Lumumba, la prise du pouvoir par Mobutu, le rôle des Belges et des Américains dans la tragédie d’un pays qui devrait logiquement être l’un des plus riches de la planète, tous ces éléments sont là et pèsent de tout leur poids dans la balance sans équilibre des comptes entre l’Afrique et l’Occident (pour faire large).
Il y a cependant quelque chose chez B.K. qui libère les hommes, et seulement eux, de la culpabilité. Elle le dit très clairement. Orléana se sent responsable de la tragédie qui l’accable alors que son pasteur de mari, lui, est obnubilé par une culpabilité plus ancienne qui le ferme au monde à tout jamais. Coupables, ils sont prisonniers. Il leur faut accepter l’erreur et se pardonner pour pouvoir sortir de l’ornière et vivre. C’est la grande leçon de l’Afrique pour les cinq femmes, même si chacune l'interprète et la reçoit différemment.
Il y a des coupables. Il y a des gens immondes. Mais ce n’est pas à ceux qui souffrent de porter le poids de ces fautes sous forme de haine. Il existe une voie pour chacun, hors de la culpabilité des autres, c’est ce que Barbara Kingsolver veut croire et elle le dit magistralement.
J’aime le style, les personnages, le regard porté sur les choses. Adah est celle des filles que je préfère, affûtée comme une lame, dont chaque mot contient autant d’ombre que de lumière. Dans ce personnage, j’ai entendu l’écho de la voix de Taylor Greer (l’héroïne de l’Arbre au Haricots, roman qui m’avait fait connaître l’auteur).23:15 Publié dans Au fil des lectures | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note




Commentaires
J'aime beaucoup ce que vous écrivez sur Barbara Kingsolver. Ma fille m'a prêté " un été prodigue" qu'elle vient de terminer. Cela me donne envie de le commencer.
J'ai beaucoup aimé aussi votre présentation de " la traduction est une histoire d'amour" de Jacques Poulin. Voici un livre et un auteur que je ne connaissais pas. Autre idée de lecture donc! Merci.
Ecrit par : HELENE | jeudi, 01 novembre 2007
alors bonne lecture !
Jje parlerais bientôt ici même d'une auteur anglaise assez connue mais dont je découvre seulement la plume fortement caustique...
à suivre ! :-)
Ecrit par : leila | jeudi, 01 novembre 2007
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