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vendredi, 30 novembre 2007

Les seuils

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Seuils
A chaque instant
le temps ouvre de nouveaux seuils
et je passe
de porche en porche
ivre d'une lumière
que le regard traverse

Seuils encore
L'espace est toutes ces portes
ouvertes
fermées

Où se tourner quand gauches et droites sont d'indéchiffrables promesses ?

Je pose ici un pied fragile
empreinte entre Aleph et Tau
en quête d'issue

Seuil ce regard
Seuil cette musique
Seuil le vent
Seuil, seuil, seuil les êtres et les choses
et toujours ce mouvement qui franchit, qui détruit

Hier est porte close
L'huis s'est terni et l'oubli tire lentement les verrous
Seul un judas de mémoire
trahit encore la couleur des secrets
Hier est sous scellés
J'ai franchi le pas du temps sans le voir

Quelle arche érigerai-je pour dessiner le fantasque du futur ?
Tout et Rien émergent des limbes
tandis que, marchant toujours,
j'effleure la matière de ce qui sera

LZ
 
*Hubert Robert : Ruines romaines avec le Colisée (1798)

mardi, 27 novembre 2007

Griffures...

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Griffures, griffures
Je suis main de roches sauvages
pelisse d'ajoncs hérissés
ma chair

Un sourire fait danser l'herbe sur mon visage

Dure en mots
Dure de coeur
je me dresse seule
percluse de blessures

Les vents de solitude ne me font pas frémir

Terrible, moi aussi
me voici
dressée de toute cette violence
dans l'éclat sombre des combats

LZ

Judith et Holopherne, Sandro Botticelli

dimanche, 25 novembre 2007

Erri de Luca

Trois chevaux, Gallimard, Folio n° 3678
Montedidio, Gallimard, Folio n° 3913
Au nom de la mère, Gallimard, NRF, 2006
Traduit de l'italien par Danièle Valin, pour les trois textes.  

151969612aca34713c9d90141fd2c79b.jpgNé à Naples au milieu du 20ème siècle, Erri de Luca est un écrivain à part dans mes lectures. Il y revient régulièrement et y dépose une touche de lumière. Je le crois essentiellement poète. Ses romans sont imprégnés d'une vision inspirée, puisée à même l'âme. Pas d'aventures rocambolesques, pas d'effets spéciaux, pas d'intrigues à rebondissements. Juste cette langue très épurée qui transparaît sans aucune difficulté en français et dit les choses vécues avec une sincérité qui transcende ce qu'ils ont d'ordinaire.
 
Les apparences sont la matière de "l'ordinaire". Derrière elles se trouve la réalité portée par chacun, en laquelle se mêlent la vérité de ce que nous ressentons et celle de ce qui advient. Erri de Luca s'attache à dire cela, rien de plus, rien de moins. Dire plus c'est broder et, par conséquent, sortir de ce champ subtil de la vérité. Dire moins, c'est passer à côté du même champ, rester prisonnier de ce qui paraît être.
 
Le plus extraordinaire est sans doute qu'il nous montre, par sa vision, combien la nôtre peut être différente, personnelle et, paradoxalement, proche de la sienne. Dans l'authenticité de ce qu'il est, il nous ouvre les portes de l'authenticité, les portes de nous-mêmes. Guide en quelque sorte, il montre une voie possible, celle de la poésie, je le répète.
 
df97d6e46788a8c835db3d08620a1e1f.jpgJe viens de finir Montedidio et, quelques temps auparavant, Au nom de la mère. Deux livres différents s'il en est. Le premier "raconte" la fin de l'enfance. Un garçon, petit napolitain de l'après guerre, voit sa vie basculer lentement mais inexorablement dans l'âge adulte. Ses préoccupations changent de couleur, son horizon s'ouvre et si grandir c'est comprendre, il s'aperçoit que c'est aussi préserver ce qu'il a été jusque là dans l'enveloppe d'homme qui l'accueille.

"Je dis encore mes prières. Dans le débarras où je dors, il n'y a pas de fenêtre et pendant que je prie mon Ange Gardien, il me semble être aux lavoirs, là-haut, avec tout un ciel bien dégagé pour plafond. Je ne crois pas que c'est de la foi, je le fais par habitude, pour ne pas effacer les derniers mots du soir." (Montedidio, p. 81)

Montedidio n'est pas que cela, bien sûr. Ce résumé n'est que ce qu'on peut en raconter, sommairement. Il y a dans ce livre l'extraordinaire personnage de Rafaniello, savetier juif rescapé de Pologne selon les apparences, mais dont la véritable nature ne se manifeste qu'à la fin. Il y a aussi l'omniprésence de Naples, la souffrance des femmes à la fois ordinaire et innommable, le désir poussé jusqu'à l'avidité, jusqu'à la folie. Je crois qu'en très peu de pages, tout est dit de nous et la chronique de l'éclosion du jeune homme, parce qu'elle englobe la ville, la mer, le vent, la terre, est portrait d'humanité à coup sûr.

 
f8aced4c9dc17d87b69fa0b6c678929b.jpgIl y a longtemps déjà, j'avais lu Trois chevaux, histoire d'un amour dangereux entre un homme réfugié de la dictature d'Argentine et une Layla insaisissable comme le vent. C'était déjà cette façon totale de dire, du fond de soi, ce que les événements font de nous. Erri de Luca a accès à une langue spécifique pour dire le ressenti, tout ce qui rôde en deça des mots, perceptible mais jamais dit et même rarement observé, et ce qu'il dit de la différence entre l'italien et le Napolitain recoupe exactement cette frontière. Certains langages libèrent alors que d'autres enferment, et ce n'est justement pas une question de linguistique. La langue est le regard sur les choses.
 
"Je vois chez les personnes jeunes la douleur d'aimer peu, dis-je. Toi, tu ne portes pas cette mélancolie sur ton visage, mais je fais attention de m'adresser à toi sans t'écraser les pieds. Pas comme si on dansait. Comme sur un sentier de pierres où l'herbe a poussé dans les interstices. Elle est forte mais j'essaie tout de même de ne pas la froisser et j'avance prudemment. Dans les maisons musulmanes on laisse ses souliers dehors, c'est ce que je fais avec toi." (Trois chevaux, p. 58)
 
68cd182d2b7e83d0c788a0a8af66bfa9.jpgAu nom de la mère, enfin, est très différent. Il s'agit d'une paraphrase poétique autour de la grossesse de Marie Miriam, mère d'un certain Jésus… En trois Stances et quelques poèmes, Erri de Luca peint, à la manière des maître Italiens du quattrocento, sa vision de l'histoire. L'annonciation, la relation de Marie et Joseph, leur nécessaire amour, la naissance à Bethlehem. Il n'oublie rien et le récit de la naissance miraculeuse ressemble à une apologie de ce que l'homme a de meilleurs. Je crois que ce petit livre est une prière, à sa manière, mais pas adressée à un dieu finalement assez anonyme. Non. Une prière adressée à tout un chacun, pour actualiser la révélation de cette authenticité dont je parlais plus haut. Faisons fi des jugements hâtifs, des préjugés et de nos habitudes râpeuses semble-t-il dire. Laissons parler cette chose en nous qui tend vers le meilleur, elle n'est pas autre chose que nous même, n'en ayons pas peur…
 
Je reconnais que l'idée me séduit. Pourrait-il en être autrement ? Les choses sont simples finalement. Notre esprit complique, explique, noue et dénoue ce qui, à la base est sans doute extrêmement limpide : des faits, notre cœur, et ce choix, à chaque instant, entre voguer, s'enivrer du mouvement même des choses, ou résister, s'opposer, se dresser comme forteresse dans la tourmente. La forteresse crée la tourmente, la voile appelle le vent.

LZ

vendredi, 23 novembre 2007

Eperdus, ils fuient...

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Éperdus, ils fuient à travers l'existence
Sur leur traces
Des loups flairent le sang des pierres dans les fêlures
fleurs de débâcle

Ils fuient tous
héros et lâches
Au devant d'un néant sans visage

Ils fuient
Sur leurs talons
La peur darde ses dents avides

Puis ils tombent
fuyant encore et à jamais
Cernés de fauves à leur image

LZ 

 * Jérôme Bosh : détail du jardin des délices.

mercredi, 21 novembre 2007

L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, de Andrew Dominik

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Noir western, incontestablement, le film d'Andrew Dominik se rattache à la lignée de "Impitoyable", de Clint Eastwood. Le titre, traduit pour une fois de manière littérale m'évoque les livres anciens où tout titre d'essai, de chapitre, était l'énoncé le plus précis possible du contenu. "Des meurs et modes de reproduction de la fourmi rouge trutruc dans les hauts plateaux argentins"…
 
411d824ed6353705dc443a297b8018c4.jpgLe point de départ est Jesse James, criminel notoire et déjà célèbre de son vivant, qui eut une fin parachevant la légende. Assassiné par un acolyte (et dans le film, ce terme, side-guig a son importance), sa mort indigne laissa penser à ceux qui admiraient son habileté à défier les lois qu'il y avait là quelque chose d'injuste, qu'il aurait "mérité mieux", si l'on peut dire.

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Robert Ford, lui, n'est qu'un tout jeune homme, garçon bercé dans son enfance par les exploits de l'illustre bandit. Son rêve est de devenir son second, son homme de confiance, son ami. Son rêve est d'être comme lui, presque, comme le demande Jesse James – Brad Pitt lui-même dans le film, d'être lui. Inexorablement, il va se heurter à la réalité du personnage. Les frères James ne sont ni des héros ni des chevaliers des temps modernes mais des gangsters semant la terreur autour d'eux, parmi leurs victimes bien sur mais aussi et surtout, du point de vue de ce film, parmi leurs associés.

Avec cette approche, le film bascule dans le sombre. Ce qui au départ semblait corroborer les récits allègres présentant le fameux bandit comme un émule de Robin des bois (cf. le joyeux repas en forêt avant l'attaque du train) bascule dans un climat angoissant où chaque proche de Jesse James affronte misérablement la peur qu'il fait régner sur eux tous.
 
Redoutant les complots et les dénonciations, le cadet des frères James devient ce que préfigure Frank James au tout début du film : un homme muré dans le silence. Plus l'histoire avance plus on le découvre ne se supportant plus lui-même, angoissé à la pensée de ce qu'il est devenu. Hanté non pas par le remord mais par le manque d'ouverture devant lui, Jesse James doit se rendre à l'évidence : en devenant ce tueur traqué par tous, il s'est fermé toutes les portes de l'avenir, il est entièrement seul. La mort prend lentement possession de lui, d'abord à travers les plus faibles de ses partenaires, qu'il assassine au nom de sa paranoïa, puis à travers sa famille puis, enfin, en devenant sa problématique personnelle. Dès lors, son destin est scellé.
 
a734215b2a601b611ada4f12b665d595.jpgEtonnamment, Ron Hansen, auteur du livre (1983) dont est tiré ce film, a imaginé que le jeune Robert Ford a peut-être été le confident, même partiel, de la déprime de Jesse James. Les rêves de gloire du jeune homme se superposent donc au constat d'échec de son idole et le meurtre devient le point de rencontre logique de ces deux destinées, l'une qui se rêve montante, l'autre qui se sait descendue au plus bas.
 
Devant le visage presque angélique de Casey Affleck en Robert Ford, on se dit que pour être désarmé, un homme aussi endurci que Jesse James devait effectivement être, d'une manière ou d'une autre, confronté à une forme d'innocence (ici presque de la bêtise). Admiratif, plein d'illusions lui aussi, le jeune Ford, dans sa déception, sert de miroir au désespoir de Jesse James.
 
d389b1f0c20c2d7f6417c33f007d18a1.jpgJoué de manière très inspirée par Casey Affleck et Brad Pitt, ce film a une portée émotionnelle extraordinaire. Prise par la beauté des images, je me voyais très bien à la place de Brad Pitt en train de constater (trop tard) l'inéluctable échec de mon existence, le mensonge d'une gloire fondée sur l'illusion d'avoir défié une limite futile. Il n'y a rien de futile à s'enfoncer dans la criminalité, c'est un voyage sans retour. Je ressentais aussi de manière très aigüe la souffrance du futur assassin obligé d'admettre, petit à petit, que son idole n'existe pas, que les hommes ne sont pas les légendes qu'ils inspirent, que son destin ne sera donc pas cette vie de gloire à laquelle il a cru, qu'il n'échappera pas à la médiocrité de son existence.
 
C'est simple et c'est beau. Je pourrais également parler de la présence de la neige, presque un personnage à part entière, de la lumière et de l'obscurité, du silence, mais ce serait entrer dans des détails que je ne maîtrise sans doute pas. Reste que, sans s'identifier entièrement aux personnages, on peut malgré tout faire le parallèle avec nos vies, dans nos rapports souvent confus avec désir et réalité. Robert Ford est en chacun de nous me semble-t-il, et Jesse James a pour chacun, également, un visage particulier. Peu importe lequel.
 
En regardant "l'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford", on s'aperçoit que le titre cache une réalité antique : nous assassinons nos idoles, et nous le faisons par lâcheté car nous leur attribuons la responsabilité de nos souffrances plutôt que de les affronter seuls et nus car alors, nous risquerions de perdre la face, ce à quoi nous ne sommes jamais, jamais prêts.

LZ

mardi, 20 novembre 2007

Les sourires me décomposent...

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Les sourires me décomposent puis me refont
identique et autre à la fois
fragmentée sous le masque de l'uni
Le temps disloque
dans sa respiration les regards, les certitudes

Sable, la connaissance du beau fuit la pensée
Suis-je neuve encore
Ou encore ignorante
avec, sous le masque du solide
le vide
L’infini où chaque mouvement pulse à sa guise

LZ
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* Sainte Anne, par Léonard 
 

samedi, 17 novembre 2007

Kate Atkinson

5a9beffc0d51f74bdc7caafee9885e3c.gifLa Souris bleue, LGF, le livre de poche
Dans les coulisses du musée, LGF, le livre de poche

 

Et voilà, encore une écrivain américaine. C’est un pur hasard si mes lectures semblent, en ce moment, se concentrer sur des auteurs d’outre atlantique. S’il en est ainsi, c’est sans doute que cela vaut le détour. Les deux romans que je viens de lire le confirment : La Souris bleue et Dans les coulisses du musée.

e52f080034027cbf6333012f4af99f6c.jpgKate Atkinson est donc américaine, bien que ces deux récits se situent en Angleterre. Le premier est une sorte de polar multifacette où Jackson Brodie, détective désabusé, se trouve confronté à des enquêtes non abouties surgies du passé. Patiemment, l’histoire nous dévoile les liens imprévisibles qui unissent des personnages aux prises avec des drames très différents entre eux, du moins en apparence. Il semble en effet qu’aux yeux de Kate Atkinson, il n’y ait qu’un seul drame : celui de la solitude, de la misère affective. Cela seul amène le reste, cette cohorte de souffrances plus ou moins grandes, plus ou moins insupportables. Je ne vois pas le Mal dans ce livre, ni Dans les coulisses du musée, d’ailleurs. Ce qui est mauvais en l’humain, c’est cette part de souffrance qui le rend dingue et le pousse au pire.

Misère des hommes, misère des femmes, Atkinson met aussi le doigt sur cette différence subtile entre les sexes, due peut-être autant à la société qui nous façonne qu’à une loi plus primitive, totalement hors de notre portée. Ce dernier point est encore plus perceptible à mon avis dans son premier roman.

fd5ff1ed56aa9948f7dc1f0b1724a1ce.jpgElle y raconte la trame complexe d’une famille dont la dernière née, Ruby Lennox, remonte l’histoire, avec l’étonnante capacité d’accéder aux souvenirs des autres. Ainsi déroule-t-elle sur quatre générations l’ensemble des liens (encore les liens, oui) qui relient les gens entre eux, l’enchevêtrement des haines et des déceptions mais aussi des espoirs et des échappées.

Ce sont deux textes très différents et très beaux, dont la complexité reste toujours abordable, comme proche du lecteur.

Il me semble que cette impression de proximité tient au fait que nous sommes cela : des écheveaux de relations plus ou moins bien vécues, plus ou moins conscientes aussi. Nos racines, si ténues ou si ignorées soient-elles, colorent et conditionnent notre relation au monde.

Kate Atkinson pointe ce qui nous donne la possibilité de révéler le pire comme le meilleur de nous-mêmes, parfois tour à tour, parfois simultanément. C’est par leurs liens avec les autres que ses personnages avancent, s’enferrent ou progressent et, de fil en rupture, malgré les morts, malgré les soubresauts violents de l’Histoire ou du cœur, l’humain apparaît à chaque page, grand et pitoyable à la fois.

Oui, j’ai vraiment beaucoup aimé ces deux romans. Ils nous ramènent à notre essence en même temps qu’ils ouvrent sur quelque chose de plus vaste et Kate Atkinson nous fait un beau cadeau en écrivant de telles merveilles.

lundi, 12 novembre 2007

Un vent dur souffle sur...

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Un vent dur souffle sur ce qui ne sait se taire
Un vent dur, oui, sculpte l'âme de roche
met à nu le silex des défaites

Nulle pluie n'apaise les vents
Et seule, érigée comme totem à l’entrée de canyons émiettés de sécheresse
je contemple les angles des redditions
les sculptures de compromission

Mon ombre va vers l'est
Que ne peut-elle couvrir l'immensité des plaines où court le regard !
Mon ombre, Ô ma si fraîche, dessine pour moi une robe de douceur
une tenue de bal pour le soir de mon âme

La nuit venue, voici le souffle obstiné du regret
caresse d'abandon

Aurai-je jamais l'âge de la poussière ?
Érigée en veilleur des passes de l'existence
je scrute dans les remous du temps
la douceur du passé
et ne vois que ses récifs

LZ

* Vue des montagnes de Ganden (himalaya) - Peintre inconnu

samedi, 10 novembre 2007

Peut-être l'océan pense-t-il...

Un livre m'a marquée, il y a longtemps. 
Je ne suis pas sûre que ce soit un très "bon"  livre ni de la grande littérature... Un petit bouquin de Science fiction d'un polonais : Stanislas Lem. Solaris. Ah, oui ! direz-vous. Je crois qu'on en a tiré un (mauvais?) film. Je ne l'ai pas vu.

Il y a dans cette histoire une idée géniale : Lem invente un monde-océan pensant. La planète Solaris est un immense océan et on comprend progressivement que non seulement c'est une espèce de mer, mais que c'est aussi une espèce de gigantesque cerveau. Rond comme la mer et rond comme une tête. Et Solaris rêve, invente pense, communique même, à sa façon, avec les pauvres insectes humains qui font semblant de maîtriser la situation, aggripés à une plate-forme ballotée par les vagues... C'était une idée si forte, développée avec tant de poésie que souvent je repense à ce bouquin (dont j'ai oublié les détails de l'intrigue) quand je regarde la mer.
Après tout, que savons nous des consciences ? Nous sommes si obnubilés par la notre...

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Peut-être l'océan pense-t-il ?

À mi-chemin de l'horizon
des dômes coiffés de blanc
drossent les bancs de sable
sans relâche
les font
les défont
Peut-être l'océan joue-t-il ?

Aucune vague n'est semblable à l'autre
en cela pareille à nous
Aussi singulières entre elles
aussi semblables
aussi éphémères

Contrariée, l'écume renâcle et enfle
Ce n'est rien
Aussitôt l'eau reprend ce qu'elle avait lancé si haut
enchaîne de nouveaux pas
Peut-être l'océan danse-t-il ?

L'eau, limpide ici,
se barbouille de sable là
Tout au fond, des soles rampent en masquant leurs ombres
Les pétrels passent et vont plonger plus loin

Si massive, si une
l'eau rassemblée frissonne
Seuil d'unité
L'eau tremble d'une tempête aux antipodes
S'ouvre la voie vers l'Australie, les Maldives

Peut-être, dans son interminable veille
l'océan rêve-t-il ?

LZ 

mercredi, 07 novembre 2007

J'ai habillé le désir...

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J'ai habillé le désir avec tous les mots de l'amour
Quelle allure !
C'était vraiment époustouflant

Séduite, je l'ai suivi ainsi paré sur les sentiers du leurre
et l'ai aimé passionnément, douloureux fantôme

Intriguée par tant de souffrance
j'ai commencé à soulever les oripeaux clinquants qui
si facilement
m'avaient troublé l'esprit

Fragiles et mal assemblés
ils venaient un à un
s'émiettaient dans le souffle de mes soupirs

Je pensais mettre à nu l'amour
comprenez-vous
J'ignorais qu'il n'était qu'un costume

Un matin, tous les tissus avaient été ôtés
Là où aurait du se tenir l'enfant radieux du pur amour
il n'y avait rien
Le désir, malin, avait depuis longtemps déserté sa coquille
et ma sottise seule
avait cru déceler une âme
dans l'amas de ses nippes

Est-il plus amère déception
que découvrir avec quelle complaisance
on a pris le reflet pour l'or ?

En silence
j'ai nettoyé les poussières de mon pauvre stratagème

Sur le sol rugueux de la solitude
je me suis assise

A ma droite, une aigrette fouille l'eau dans son reflet
A ma gauche, l'horizon distille ses précieuses brumes

Partout, le silence se remplit

LZ 

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