« Larmes de Terre | Page d'accueil | Markus Zusak, La voleuse de livre »

dimanche, 17 février 2008

Aller...

Poème en prose 
1639117a12af730f7a2aaa8c3fab7496.jpg
 
Si je devais choisir un mot, un verbe, pour le garder seul et nu, un peu à la manière dont on choisit une pierre pour la monter en solitaire, il me semble qu'aller aurait l'exclusivité de mon attention.

C'est un mouvement. La racine du mouvement. D'autres verbes indiquent d'autres mouvement : "faire", l'action faite verbe, d'autres encore la manière même d'aller. Nous avons donc monter, courir, descendre, boiter, traîner etc. Même venir, ce proche cousin de l'aller, ce point de vue de destination, appartient encore au mouvement premier du verbe aller.

Aller n'est pas non plus un mot soumis. Avec son allure rassurante de verbe du premier groupe, il a pourtant l'irrégularité insidieuse et tenace dès le présent de l'indicatif. C'est un original qui, au futur, à la fantaisie de reprendre son radical originel ir- et sa racine n'apparaît que dans le mouvement à venir…

C'est un astucieux qui trompe sans qu'on s'en rende compte. On l'emploie tant qu'on finit par oublier sa finesse. On n'y prend plus garde.

Aller est donc mouvement. Même sa conjugaison bouge, fluctue, et tout l'esprit s'engage en direction de l'allant, celui qui va, tendu que l'on est, sans cesse, vers cela, là-bas, innommé la plupart du temps.

Je vais vers demain.
Je vais aveuglément, je tâtonne donc.

Pour ne pas trébucher, je cherche des lumières, l'intérieur de soi où l'on chemine sans cesse. J'explore les strates des silences, c'est une étrange spéléologie dans l'opacité de l'âme. C'est descendre encore, s'absorber.

Je vais vers lui aussi, proche et lointain. C'est demain, un autre lendemain. Je me mets nue pour lui. C'est effrayant, certes, mais c'est toujours ce geste vers, cet élan qui va, qui me pousse. "Aller", c'est donner, c'est recevoir.

Je vais, et l'incessante marche épuise tout comme elle ressuscite. Mon souffle jongle, fait danser les émois, ivre de vie. "Aller" me dit et me contient, je vais, j'irai et quand, dans un terme dont je ne sais rien encore, le mouvement cessera, quand je n'aurai plus pour l'instant à venir ce regard où l'intérieur se libère dans l'extérieur, ce sera un "aller" encore, un aller simple et je l'apprivoise à travers chaque geste.

LZ

Commentaires

Aller...
Il résonne déraisonne oraisonne ce poème!

Tôt ce matin, je suis allée
Tard ce matin je suis allée

Car jamais on ne revient, tu as bien raison, il ne s'agit toujours que d'aller simple!

Pourtant il y a longtemps, je suis venue en ce jour....

Ecrit par : JT | dimanche, 17 février 2008

Bonjour,
Je viens de découvrir votre site:je vous assure que c'est un espace poétique de renom.
Je vous contacte pour vous informer que j'ai commencer à écrire de la poésie depuis peu.Je suis sur beaucoup de sites et forums;je reçois des commentaires qui m'encouragent.
Je vous invite à bien vouloir consulter mon blog et jeter un coup d'oeil sur mes poèmes édités sur mon blog.
Cordialement,
ahmed
ahmedelya@hotmail.com

Ecrit par : El yaagoubi ahmed | mercredi, 20 février 2008

Très jolie note en tout cas. Une charmante allée à fleur de mots à parcourir. Bises

Ecrit par : martin-Lothar | mercredi, 20 février 2008

JT : aller simple, oui, mais pas trop vite au terminus SVP !

Amed : Je suis allée jeter un coup d'oeil chez vous. J'y reviendrai plus longuement. Bienvenue ici en tout cas.

Mon Loup : où tu iras jirai...

Ecrit par : leila | jeudi, 21 février 2008

Ecrire un commentaire