samedi, 23 février 2008
Into The Wild, de Sean Penn
avec :
Emile Hirsch, Marcia Gay Harden,
Jena Malone, entre autres.
La première fois que j'ai vu le mot Wild employé comme un nom, c'était dans Jack London. Même dans les livres traduits, on parlait du Wild. Intriguée mais trop jeune pour trouver une explication, j'avais deviné le sens du mot. Nature sauvage, où l'homme n'a pas sa place et où, selon la vison Londonienne, pouvait s'accomplir une sorte de Destinée, dans une plus juste perspective des choses : l'humain minuscule, la nature, souveraine, avec ses lois et ses réalités. Je ne le formulais pas ainsi, mais qui a lu Croc-blanc, ainsi que les livres de Curwood à 12 ans me comprendra. J'étais fascinée.
Emile Hirsch, Marcia Gay Harden,
Jena Malone, entre autres.
La première fois que j'ai vu le mot Wild employé comme un nom, c'était dans Jack London. Même dans les livres traduits, on parlait du Wild. Intriguée mais trop jeune pour trouver une explication, j'avais deviné le sens du mot. Nature sauvage, où l'homme n'a pas sa place et où, selon la vison Londonienne, pouvait s'accomplir une sorte de Destinée, dans une plus juste perspective des choses : l'humain minuscule, la nature, souveraine, avec ses lois et ses réalités. Je ne le formulais pas ainsi, mais qui a lu Croc-blanc, ainsi que les livres de Curwood à 12 ans me comprendra. J'étais fascinée.

Quand j'ai lu l'annonce de ce film, ça faisait étonnamment écho à ces lectures. Je n'ai pas été déçue. Contemplatif et très long (2h27), Into the wild est l'histoire d'une quête. Inspiré par un livre : Voyage au bout de la solitude, du journaliste américain Jon Krakauer, Sean Penn relate l'histoire véridique de Christopher McCandless. Le film débute avec la consécration du jeune Chris.
Il vient de finir ses études, l'avenir lui sourit. Pourtant, contre toute attente, il rejette en bloc tout ce qui s'offre à lui et s'enfuit, littéralement, effaçant ses traces afin que nul ne le retrouve, pas même sa sœur (jouée par Jena Malone que j'avais déjà appréciée dans Pride and Prejudice).Que veut Christopher ? Eprouver son existence. Trouver qui il est, donner un sens à sa vie, vivre pleinement chaque instant, et surtout, aller en Alaska. Il veut expérimenter The Wild. Loin d'être une tête brûlée, il planifie son voyage, mais de manière souple, à l'instinct en quelque sorte. S'ensuit un road-movie dans lequel Christopher va rencontrer ceux qu'il a besoin de voir.
Tous sont de parfaits inconnus mais chacun, à la manière dont il entre en relation avec Chris, nous permet de mieux cerner le personnage, de comprendre qui il est et ce qu'il cherche. De ces rencontres nait une autre perception et de Chris et de l'Amérique.Les images sont superbes, les dialogues économes et essentiels. On entre dans une vision du monde où celui qui voit souffre et s'émerveille à la fois, s'émerveille sans doute pour comprendre de quoi il souffre.
Quand enfin il atteint son but, l'Alaska, le film n'en est pas fini pour autant puisqu'il va y vivre l'expérience des ermites. Stylite des temps modernes, il déniche un bus abandonné (celui de l'affiche) qui va devenir à la fois son navire et son havre. Vivre entièrement seul, avec presque rien, est sans nul doute ce qu'on peut s'infliger de plus extrême. Même en étant de tempérament solitaire, même en vivant à la campagne, nous demeurons dans un tissu social. Chris doit tout réinventer, depuis la douche jusqu'à une façon de conserver la raison malgré les privations et l'isolement. Il écrit, médite, réfléchit à ce qu'il fait. Tout devient porteur de sens, lourd d'enseignement sur la vie, la mort et le bonheur. Chris découvre le poids des actes, les siens.
Il trouve, finalement, ce après quoi il a tant couru, mais ce qu'il trouve ne ressemble peut-être pas à ce qu'il pensait trouver. N'en va-t-il pas souvent ainsi ? Il se rencontre. Seul, il est obligé d'aller jusqu'au bout de ses contradictions, de s'avouer ce que l'orgueil pouvait masquer quand il y avait encore "les autres".J'ai aimé. Vraiment. Non pas à cause d'un message révolutionnaire, non pas à cause du suspense, mais pour la vérité de ce qui est montré ici de la manière la plus simple, par l'expérience. Si on va au bout de la soif d'absolu, on rencontre le pire ennemi de l'absolu, soi-même. Si on est honnête, on peut en retirer quelque chose. On comprend, on se découvre, on s'épure, en quelque sorte. Mais le risque est réel de passer à côté et de fuir, de renoncer. Du coup, j'ai pour ce personnage de Chris une affection très fraternelle car il fait ce que nous ne faisons pas, ce que je ne fais pas : il va tâter les frontières de cet absolu, de ce rêve de pureté et si Sean Penn confronte le rêve et la vérité, il ne le fait pas de manière défaitiste. Il n'est pas dit (et en cela il y a dans ce film un très beau message, à supposer qu'il en faille un) qu'on ne peut pas rester fidèle son idéal à travers ses choix de vie.
Il semble possible, certes au prix d'un effort de l'esprit et de la conscience, de conserver la rigueur de cette démarche extrême mais ici, au milieu du monde. Pour cela, il nous faut scruter à travers nos gestes la frontière entre rêve et réalité, entre idéal et vérité, entre ce que nous croyons être et ce que nous sommes.On peut ouvrir les yeux, et c'est un cheminement très personnel. Il ne s'agit pas de juger la société ni les dérives d'un monde moderne évidemment corrompu, évidemment clinquant. Cela, nous le savons tous. Il s'agit d'aller traquer en soi-même ces infimes mensonges, si subtils que nous n'en avons même pas conscience, qui ouvrent la porte aux concessions puis, souvent, aux compromissions.
Personne ne nous voit. Personne ne sait à quoi nous renonçons chaque jour. Personne ne sait à quel degré d'éloignement de notre conscience nous nous trouvons. Est-ce très loin ? très proche ? Mais nous, nous savons. Moi, je sais.
Sean Penn nous montre un Christopher se battant contre le renoncement et il me semble qu'on ne nous invite jamais assez à ne pas oublier ce combat.
LZ
22:10 Publié dans Au fil des bobines | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Sean Penn




Commentaires
"traquer en soi-même les infimes mensonges..." peut-être le sous- bassement de ce qu'on appelle morale et dont les repères semblent tellement brouillés?
Ecrit par : serriere | dimanche, 24 février 2008
Oui, l'humain est un animal sociable, mais un être peu social in fine. Bises
Ecrit par : martin-Lothar | lundi, 25 février 2008
C'est effectivement un grand film (j'en ai aussi parlé sur mon blog), et hier j'ai vu "Ther Will Be BLood", qui, lui aussi dans son genre, montre une sorte de héros déterminé à lutter contre un ensemble de circonstances aussi bien sociales que familiales.
Il y a incontestablement une sorte de parenté entre ces deux beaux films, par l'attention portée au caractère du personnage principal et à son refus de ce qui apparaît toujours comme indépassable.
Ecrit par : Dominique Hasselmann | samedi, 01 mars 2008
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