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vendredi, 18 avril 2008
Aimé Césaire
Aimé césaire est mort, nul ne l'ignore.
En entendant cette nouvelle, je repensais au Cahier d'un retour au pays natal dont le texte m'avait tant éblouie lorsque je l'avais découvert, à peine éclose de ma coquille d'études littéraires.
Plutôt que de faire un long discours (les éloges funèbres ont donné de belles pages du temps de Fénelon et Bossuet mais je ne suis ni l'un ni l'autre), j'aimerais vous faire partager quelques lignes de ce poète reconnu à juste titre. Elles n'ont pas pris une ride, elles sont sans âge. Lisez, c'est de la Poésie.
(...)
Partir. Mon cœur bruissait de générosités emphatiques. Partir… J’arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair : « -J’ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies ».
Je viendrais à ce pays mien et je lui dirai : « -embrassez-moi sans crainte…. et si je ne sais que parler, c’est pour vous que je parlerai ».
Et je lui dirais encore :
« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir. »
Et venant je me dirais à moi-même :
« Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l’attitude stérile du spectateur, car la vie n’est pas un spectacle, car une mer de douleurs n’est pas un proscenium, car un homme qui crie n’est pas un ours qui danse… »
Et voici que je suis venu !
De nouveau, cette vie clopinante devant moi, non pas cette vie, cette mort, cette mort sans sens ni piété, cette mort où la grandeur piteusement échoue, l’éclatante petitesse de cette mort, cette mort qui clopine de petitesses en petitesses ; ces pelletées de petites avidités sur le conquistador ; ces pelletées de petits larbins sur le grand sauvage, ces pelletées de petites âmes sur le Caraïbe aux trois âmes,
et toutes ces morts futiles
absurdités sous l’éclaboussement de ma conscience ouverte
tragiques futilités éclairées de cette seule noctiluque et moi seul, brusque scène de ce petit matin
où fait le beau l’apocalypse des monstres puis, chavirée, se taitchaude élection de cendres, de ruines et d’affaissements
(...)
Aimé Césaire
Cahier d'un retour au pays natal
édition Présence Africaine, p.22-23
21:06 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : aimé césaire




Commentaires
Retour au texte, retour à la terre...
Ecrit par : Dominique Hasselmann | vendredi, 18 avril 2008
Oui, c'est beaucoup mieux qu'un éloge funèbre... Quelle belle écriture, tellement dense et profonde qu'on se sent nourri et même rassasié de poésie...
Ecrit par : Danalia | samedi, 19 avril 2008
ce "passage" si bien choisi...
Ecrit par : serriere | samedi, 19 avril 2008
bonjour,
je me suis risqué non pas au "long discours", mais à une sorte d'analyse des réactions au lendemain de la mort du poète (très instructive à mon sens, pour décrypter le message de nos hommes politiques).
Concernant Césaire, il y peu je cherchais à me procurer un de ses recueils de poésie; en vain je dois dire: on me répondit que j'étais au mauvais endroit: Césaire n'appartient pas à la littérature française mais francophone ! On me dirigea donc du côté de la poésie exotique, poésie du voyage,.... Alors que le poème très engagé que vous citez, me fait penser presque à chaque vers à V. Hugo.
Ecrit par : equinox | lundi, 28 avril 2008
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