mardi, 22 avril 2008

Tracy Chevalier

La Dame à la Licorne
La jeune fille à la perle , tous deux en Folio, chez Gallimard

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Je viens de finir la dame à la Licorne, de Tracy chevalier et force est de reconnaître que cette auteur sait magnifiquement bien s’y prendre pour restituer l’ambiance d’époques révolues. Entre érudition et imaginaire, elle fait revivre dans ce roman un moyen âge déjà au seuil de la Renaissance et, le temps de la lecture, je m’y suis vue, j’y ai vécu.

L’histoire est simple : à partir des célèbres tapisseries, elle a imaginé quelle avait pu être l’histoire de leur fabrication. Des théories existent à ce sujet et elle dit très clairement s’en être servi. On sait par exemple avec certitude que la famille Le Viste était commanditaire de l’œuvre mais pourquoi ? Dans quelles conditions ? Bien des mystères demeurent, laissant le champ libre à l’imagination.

191976672.jpg Elle a donc campé un personnage de peintre, Nicolas, don Juan avant la lettre qui engrosse les femmes sans se poser de questions jusqu’au jour où il tombe sous le charme de la très jeune fille de son commanditaire : le noble Jean le Viste. Comme une habile mise en abyme, le peintre, qui profitait jusque là sans soucis ni scrupules des opportunités que lui laisse un monde où dominent les hommes, se retrouve dans la position du sujet sans liberté, soumis au bon vouloir de son seigneur ou, plus précisément, de son épouse.

 C’est le prétexte initial pour brosser avec finesse un tableau saisissant d’une société où les sentiments sont de peu de valeur en regard des besoins d’alliance ou de survie. Très habilement, Tracy chevalier fait le portrait de gens finalement bien peu différents de nous quand à leurs émotions ou leurs désirs mais pris dans un autre carcan, avec d’autres codes. Contraint d’aller à Bruxelles pour superviser la réalisation des fameuses tapisseries, Nicolas découvre au delà de ses préjugés l’univers des artisans. Là, dans un milieu où les contraintes sont particulièrement fortes, il va mesurer la valeur du sentiment amoureux et trouver en lui une capacité de compassion, une douceur qu’on ne lui prêterait pas, du moins au début du roman.

1646705288.jpg Peut-être n’est ce pas de la très grande littérature. C’est ce qu’on m’a dit un jour. C’est cependant un roman très bien écrit, qui se lit avec plaisir (n’est-ce pas là l’essentiel ?) et dont se dégage un charme bien réel qui retient le lecteur jusqu’à la fin. Dans la même veine, Cet auteur a également écrit « la jeune fille à la perle », où, selon le même principe, elle imagine la genèse du tableau éponyme de Vermeer.  Là encore, c’est très réussi. On en a d’ailleurs tiré un excellent film où 666742001.jpgScarlett Johansson faisait merveille dans le rôle de la jeune domestique fascinée par Vermeer et fascinant celui-ci en retour. Je préfère le livre, plus riche en détails, plus psychologique aussi, où la personnalité de la jeune Griet, son regard acéré, à la fois naïf et lucide (oui, c’est sans doute paradoxal mais que voulez vous, elle a la fraîcheur de la jeunesse et la lucidité de la pauvreté) ressort davantage. Dans le film en revanche, c’était un festival de couleurs et de lumières et on retrouvait avec un bonheur sans égal l’atmosphère des tableaux de Vermeer.

 Tracy Chevalier est américaine. Née en 1962, elle est venue faire ses études en Angleterre et n’en est jamais repartie depuis, tombée amoureuse de notre vieux continent. L’histoire et l’art l’inspirent, alors souhaitons qu’ils lui donneront encore l’occasion d’écrire d’autres romans aussi réussis.

LZ 

Commentaires

J'ai vu le film, avec l'adorable Scarlett, et c'était justement peu de temps après que je sois allé à Delft.

Un film émouvant dans sa simplicité, son regard pictural, qui demeure un souvenir prégnant.

Ecrit par : Dominique Hasselmann | mercredi, 30 avril 2008

voilà une ville que j'aimerais bien voir. En souvenir de Proust, de Vermeer, de Scarlett...

Ecrit par : Leila | jeudi, 01 mai 2008

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