« Parfois la mort... | Page d'accueil | Quand j'écris »

jeudi, 08 mai 2008

Hella S. Haasse : Les initiés

Edition, Actes sud, 2003.
Traduction du néerlandais par Annie Kroon (première publication en néerlandais :1958)

1783560999.gif Hella S. Haasse est une auteur néerlandaise née en 1918. Elle n'a commencé à être publiée qu'après la seconde guerre mondiale et je ne la découvre qu'aujourd'hui, à travers un extraordinaire roman situé en Grèce puis en Crète, "les initiés". Bénies soient mes carences en littérature !

Six personnages vont se rencontrer et prendre tour à tour la parole, faisant avancer un récit en six parties, chacune d'un point de vue différent. Qui sont-ils ? Il y a Jessica, la jeune américaine ne supportant plus la médiocrité de sa famille ; Niko, un jeune crétois contraint de rentrer chez lui pour une histoire d'honneur familial ; Lucas Gosschalk , professeur de son état mais ici, surtout homme perdu devant les mensonges dont est tissée sa vie ; Marten Siebeling, adolescent contraint à ce voyage, épris de vérité ; Elina, la peintre qui a fui sa vie et son art, et enfin Helmut Sturm, soldat allemand démobilisé en Grèce et rendu fou autant par la défaite allemande que par le nazisme qui a fait de lui sa proie.

Le détail des personnages me semble important, plus que l'histoire en tout cas, laquelle est complexe, une toile où s'emmêle la psychologie de chacun. Le hasard, à moins qu'on puisse y voir une sorte de destin, rassemble les protagonistes sur une terre aride, sauvage et "première" où ils vont tous être confrontés à leur vérité. Devant l'imprévu, devant les circonstances "extrêmes", pour employer un mot à la mode, tant émotionnellement que physiquement, leurs masques volent en éclat et tout le talent de Hasse consiste à rendre cela passionnant, à susciter par un jeux de liens subtils des échos non seulement d'un personnage à l'autre mais aussi du livre à soi-même. Plongé dans un même bain intense, le lecteur (moi, lectrice, en tout cas) va au devant d'une initiation à la vérité, à la manière des mystères d'Eleusis.

Les figures des deux déesses telluriques Déméter et Perséphone sont omniprésentes dans le roman. Vérité est affaire d'initiation, de don aussi. Je crois que Haasse considère deux possibilités pour  accéder à quelque chose d'authentique en soi. Ce peut être l'affaire d'un don, comme pour Marten, Niko ou Elina. Spontanément, ces personnages-là sentent ce qui est au-delà des apparences. Leur "initiation" consiste donc à supprimer, avec ou sans violence, tout ce que peut faire écran. Pour d'autres en revanche, rien n'est donné, rien n'est facile. L'âme, ou quoi que ce soit, est enfoui sous la médiocrité et pour ceux-là, la conscience de leur impuissance face à cette incapacité à voir les choses est une souffrance sans limite. Elle conduit au pire à l'enfermement (et dans enfermement, il y a "Enfer"), à la destruction.

 Ne sont donc pas "initiés" les six personnages. Chacun doit accomplir son propre parcours, chacun a également une chance. Ces rencontres et cette terre sont les circonstances, créent la chance. Le livre est donc le récit de ce que chacun fait pour saisir ou non cette chance, pour la fuir ou la transmuer. Cela devient un roman métaphysique où, en suivant des gens qui ne sont pas des héros à proprement parler, j'ai entendu la polyphonie de doutes et de questions qui jamais ne renoncent. C'est un livre magnifique, au style ample, au projet vaste aussi, il ne laisse pas indemne.

2010412760.jpgIl n'est pas impossible que dans quelques temps je vous reparle ici de cette auteur. J'aime lire plusieurs livres d'un même écrivain de manière rapprochée. On sent les choses plus finement, on entre dans son monde, chaque livre éclaire le précédent sous un jour nouveau et vice versa. Oui, il n'est pas impossible que j'en reparle…

En attendant, n'hésitez pas.

LZ

*Photo de Hella S. Haasse empruntée à Ouikipédia 

Commentaires

Je ne la connais pas non plus, même si son nom me rappelle quelque chose...

Ecrit par : Dominique Hasselmann | vendredi, 09 mai 2008

Un bien joli blog, toujours agréable à lire... pour apprendre, se détendre, rêver.

Continuez !

Bien cordialement

signé : l'auteur d' "il y a un siècle"

Ecrit par : olivier maniette | samedi, 10 mai 2008

Cher dominique, vous pouvez y aller les yeux fermer, c'est une valeur sure.
Olivier, merci !. Je continue, doucettement en ce moment mais je continue...

Ecrit par : leila z | samedi, 10 mai 2008

Ecrire un commentaire