lundi, 13 avril 2009

Welcome

de Philippe Lioret, avec Vincent Lindon et Firat Ayverdi

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Le film a fait polémique grâce au ministre "d'ouverture" Besson (qui ouvre sur quoi au juste?), il n'en demeure pas moins que c'est un grand et beau film. L'histoire, en deux mots, est celle d'une jeune immigré clandestin débarquant à Calais. Il veut aller en Grande Bretagne rejoindre sa belle, inconscient que cette dernière frontière sur sa route est bien plus hermétique que les précédentes. Il est donc dans une impasse. Pourtant obstiné, après un premier échec de traversée clandestine, il décide de traverser le Channel à la nage. C'est là qu'il rencontre un maitre nageur désemparé dans sa vie privée.

C'est aussi là que tout commence puisque l'un des sujets du film est incontestablement de montrer l'absurdité de notre beau système de contrôle des frontières. Aider les clandestins est passible de peines de prisons, d'amendes, de tracas en tous genres. L'étranger, aux portes de notre pays, redevient cet être suspect dont il faut se garder, à peine humain, et dont on préfère se tenir à l'écart, indifférent à sa souffrance, indifférent à sa proximité avec nous.

Si le film démontre parfaitement la bêtise de cette machinerie inhumaine et la nécessité de désobéir à toutes ces règles sécuritaires pour préserver notre dignité, il va plus loin, à mes yeux, en montrant combien l'erreur réside dans le fait de s'enfermer "chez soi". Le problème de la clandestinité est lié à l'interdiction de séjour ou de passage. Les rassemblements d'immigrés comme ceux de feu Sangatte ne sont rien d'autre que notre création. Ce ne sont pas les immigrés qui créent le problème de l'immigration mais bien nous qui le fabriquons à force de diaboliser ces étrangers.

welcome2.jpgIls viennent chercher du travail là où ils croient en trouver, ils viennent là où se trouve l'argent, l'industrie. Et alors? Est-ce mal ? Nous allons, nous, là où il y a des matières premières et, de plus en plus, là où il y a de la main d'œuvre facile et bon marché. Qui nous chasse? Qui ferme ses frontières? On ne peut pas bénéficier d'avantages sur un plan et refuser d'en assumer la contrepartie sur un autre plan. Et je ne crois pas que quelques milliers d'immigrés en plus ou en moins changent grand chose à l'état de l'économie française. Je ne crois pas que jeter des gens dans des charters ou les contraindre à vivre comme des clochards améliore nos performances économiques. Je ne crois pas une seconde que toute cette paranoïa nous fasse un bien quelconque.

Bien sûr les politiques parlent de terrorisme, de menace pour la sécurité nationale… mais les terroristes n'ont pas vraiment de difficultés à passer nos frontières. Ils ont des beaux faux papiers et des costumes qui sentent le propre. C'est encore plus facile même pour les délinquants en col blanc qui détournent des sommes colossales dans les merveilleux paradis fiscaux de Guernesey ou du Luxembourg. Ils ne s'enferment pas dans des camions avec un sac plastique sur la tête. Non. Nos policiers pourchassent de pauvres hères en nous faisant croire qu'ainsi, ils assurent notre Sécurité. La chasse à l'immigré sert les politiques. Le policier qui surveille Vincent Lindon n'est d'ailleurs pas dupe, me semble-t-il, des ordres qu'il reçoit. LindonVincent1.jpgIl ne les conteste pas, mais il dit clairement recevoir une telle pression de la part de sa hiérarchie que l'humain passe après. Il n'est pourtant pas inhumain. Je ne le crois pas.

Welcome est donc un film humain et sombre, qui met le doigt sur un problème jamais résolu. Philippe Lioret, avec une histoire assez simple au fond, démonte cet étrange mécanisme qui, de tout temps et en tout lieu, désigne l'étranger pauvre à la vindicte populaire mais il montre aussi que ce n'est pas une fatalité, qu'on peut résister à cette tentation si facile de l'exclusion. On peut dire non de manière plus ou moins active j'imagine, mais toujours en refusant de tomber dans le piège du racisme et de la paranoïa sur lesquels s'appuient les dirigeants qui cautionnent et renforcent l'inhumain en nous.

LZ

Commentaires

Ah! fantastique que vous reveniez sur la blogosphère! j'espère que nous aurons encore de vos poèmes. Tout à fait d'accord avec ce que vous dites sur ce beau film, que j'ai vu récemment. C'est bien sûr notre peur de l'autre qui crée ce désordre et ces souffrances. L'amour humain pèse de peu de poids devant les règlements administratifs, hélas.

Ecrit par : Alain L. | mardi, 14 avril 2009

OUI et d'ailleurs ce film est tout à fait unique dans le paysage cinématographique français actuel. (à part peut-être : "la question humaine" qui est passé inaperçu)

Ecrit par : carole | samedi, 09 mai 2009

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