jeudi, 08 mai 2008
Hella S. Haasse : Les initiés
Traduction du néerlandais par Annie Kroon (première publication en néerlandais :1958)
Hella S. Haasse est une auteur néerlandaise née en 1918. Elle n'a commencé à être publiée qu'après la seconde guerre mondiale et je ne la découvre qu'aujourd'hui, à travers un extraordinaire roman situé en Grèce puis en Crète, "les initiés". Bénies soient mes carences en littérature !
Six personnages vont se rencontrer et prendre tour à tour la parole, faisant avancer un récit en six parties, chacune d'un point de vue différent. Qui sont-ils ? Il y a Jessica, la jeune américaine ne supportant plus la médiocrité de sa famille ; Niko, un jeune crétois contraint de rentrer chez lui pour une histoire d'honneur familial ; Lucas Gosschalk , professeur de son état mais ici, surtout homme perdu devant les mensonges dont est tissée sa vie ; Marten Siebeling, adolescent contraint à ce voyage, épris de vérité ; Elina, la peintre qui a fui sa vie et son art, et enfin Helmut Sturm, soldat allemand démobilisé en Grèce et rendu fou autant par la défaite allemande que par le nazisme qui a fait de lui sa proie.
Le détail des personnages me semble important, plus que l'histoire en tout cas, laquelle est complexe, une toile où s'emmêle la psychologie de chacun. Le hasard, à moins qu'on puisse y voir une sorte de destin, rassemble les protagonistes sur une terre aride, sauvage et "première" où ils vont tous être confrontés à leur vérité. Devant l'imprévu, devant les circonstances "extrêmes", pour employer un mot à la mode, tant émotionnellement que physiquement, leurs masques volent en éclat et tout le talent de Hasse consiste à rendre cela passionnant, à susciter par un jeux de liens subtils des échos non seulement d'un personnage à l'autre mais aussi du livre à soi-même. Plongé dans un même bain intense, le lecteur (moi, lectrice, en tout cas) va au devant d'une initiation à la vérité, à la manière des mystères d'Eleusis.
Les figures des deux déesses telluriques Déméter et Perséphone sont omniprésentes dans le roman. Vérité est affaire d'initiation, de don aussi. Je crois que Haasse considère deux possibilités pour accéder à quelque chose d'authentique en soi. Ce peut être l'affaire d'un don, comme pour Marten, Niko ou Elina. Spontanément, ces personnages-là sentent ce qui est au-delà des apparences. Leur "initiation" consiste donc à supprimer, avec ou sans violence, tout ce que peut faire écran. Pour d'autres en revanche, rien n'est donné, rien n'est facile. L'âme, ou quoi que ce soit, est enfoui sous la médiocrité et pour ceux-là, la conscience de leur impuissance face à cette incapacité à voir les choses est une souffrance sans limite. Elle conduit au pire à l'enfermement (et dans enfermement, il y a "Enfer"), à la destruction.
Ne sont donc pas "initiés" les six personnages. Chacun doit accomplir son propre parcours, chacun a également une chance. Ces rencontres et cette terre sont les circonstances, créent la chance. Le livre est donc le récit de ce que chacun fait pour saisir ou non cette chance, pour la fuir ou la transmuer. Cela devient un roman métaphysique où, en suivant des gens qui ne sont pas des héros à proprement parler, j'ai entendu la polyphonie de doutes et de questions qui jamais ne renoncent. C'est un livre magnifique, au style ample, au projet vaste aussi, il ne laisse pas indemne.
Il n'est pas impossible que dans quelques temps je vous reparle ici de cette auteur. J'aime lire plusieurs livres d'un même écrivain de manière rapprochée. On sent les choses plus finement, on entre dans son monde, chaque livre éclaire le précédent sous un jour nouveau et vice versa. Oui, il n'est pas impossible que j'en reparle…
En attendant, n'hésitez pas.
LZ
*Photo de Hella S. Haasse empruntée à Ouikipédia
12:42 Publié dans Au fil des lectures | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : hella s. haasse
mardi, 22 avril 2008
Tracy Chevalier
La jeune fille à la perle , tous deux en Folio, chez Gallimard

Je viens de finir la dame à la Licorne, de Tracy chevalier et force est de reconnaître que cette auteur sait magnifiquement bien s’y prendre pour restituer l’ambiance d’époques révolues. Entre érudition et imaginaire, elle fait revivre dans ce roman un moyen âge déjà au seuil de la Renaissance et, le temps de la lecture, je m’y suis vue, j’y ai vécu.
L’histoire est simple : à partir des célèbres tapisseries, elle a imaginé quelle avait pu être l’histoire de leur fabrication. Des théories existent à ce sujet et elle dit très clairement s’en être servi. On sait par exemple avec certitude que la famille Le Viste était commanditaire de l’œuvre mais pourquoi ? Dans quelles conditions ? Bien des mystères demeurent, laissant le champ libre à l’imagination.
Elle a donc campé un personnage de peintre, Nicolas, don Juan avant la lettre qui engrosse les femmes sans se poser de questions jusqu’au jour où il tombe sous le charme de la très jeune fille de son commanditaire : le noble Jean le Viste. Comme une habile mise en abyme, le peintre, qui profitait jusque là sans soucis ni scrupules des opportunités que lui laisse un monde où dominent les hommes, se retrouve dans la position du sujet sans liberté, soumis au bon vouloir de son seigneur ou, plus précisément, de son épouse.
C’est le prétexte initial pour brosser avec finesse un tableau saisissant d’une société où les sentiments sont de peu de valeur en regard des besoins d’alliance ou de survie. Très habilement, Tracy chevalier fait le portrait de gens finalement bien peu différents de nous quand à leurs émotions ou leurs désirs mais pris dans un autre carcan, avec d’autres codes. Contraint d’aller à Bruxelles pour superviser la réalisation des fameuses tapisseries, Nicolas découvre au delà de ses préjugés l’univers des artisans. Là, dans un milieu où les contraintes sont particulièrement fortes, il va mesurer la valeur du sentiment amoureux et trouver en lui une capacité de compassion, une douceur qu’on ne lui prêterait pas, du moins au début du roman.
Peut-être n’est ce pas de la très grande littérature. C’est ce qu’on m’a dit un jour. C’est cependant un roman très bien écrit, qui se lit avec plaisir (n’est-ce pas là l’essentiel ?) et dont se dégage un charme bien réel qui retient le lecteur jusqu’à la fin. Dans la même veine, Cet auteur a également écrit « la jeune fille à la perle », où, selon le même principe, elle imagine la genèse du tableau éponyme de Vermeer. Là encore, c’est très réussi. On en a d’ailleurs tiré un excellent film où
Scarlett Johansson faisait merveille dans le rôle de la jeune domestique fascinée par Vermeer et fascinant celui-ci en retour. Je préfère le livre, plus riche en détails, plus psychologique aussi, où la personnalité de la jeune Griet, son regard acéré, à la fois naïf et lucide (oui, c’est sans doute paradoxal mais que voulez vous, elle a la fraîcheur de la jeunesse et la lucidité de la pauvreté) ressort davantage. Dans le film en revanche, c’était un festival de couleurs et de lumières et on retrouvait avec un bonheur sans égal l’atmosphère des tableaux de Vermeer.
LZ
23:12 Publié dans Au fil des lectures | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : tracy chevalier
vendredi, 04 avril 2008
Kazuo Ishiguro
Auprès de moi toujours, ed Gallimard, collection Folio.
Quand nous étions orphelins, 10/18, domaine étranger.
Voici un auteur anglais connu, primé, récompensé de toute part que je ne connaissais pas. Non que j’ai négligé de le lire, comme quelques grandes pointures qui n’ont jamais trouvé le temps d’entrer dans ma pile de lecture. Non. Je ne connaissais vraiment pas. Du coup, la découverte n’en est que plus extraordinaire. Je me sens comme les inventeurs de la tombe de Toutankhamon, à ceci près que ça n’abuse évidemment que moi.
Ishiguro, donc. Auteur entre autre de Les vestiges du jour (dont James Ivory a tiré le très beau film avec Emma Thompson et Anthony Hopkins). Trois romans aux tonalités très différentes mais d'une unité de style impressionnante. Le premier est une sorte de récit de science fiction. Les deux autres sont des re-lectures de grands pans de l’Histoire (Chinoise pour le premier, Anglaise pour le second) à travers les émotions d’un personnage central, narrateur. Je me concentrerai sur les deux premiers romans, ayant lu le troisième il y a un peu plus longtemps maintenant (je risque de dire des bêtises,je ne me souviens plus de tous les noms de personnages, ce qui est gênant, vous le concevrez aisément…).
Dans Quand nous étions orphelins, nous suivons le héros Christopher Bank, détective privé, à travers une sorte de journal écrit à plusieurs moments clés de sa vie : sa jeunesse, à la sortie de l’université, l’époque de son ascension sociale, une certaine période de « pré-maturité » et, enfin, la période déterminante pour lui de son retour à Shanghai où il est né et où a eu lieu la disparition de ses parents. Cet événement, qui appartient à son histoire privée, est relié à l'histoire de la concession internationale, et fait entrer Banks dans la dimension de l'Histoire. La narration à la première personne induit à la fois la subjectivité et des lacunes. La lecture de l'histoire et de l'Histoire se fait donc par strates. Comme en dénudant un a un les voiles recouvrant un objet, le lecteur met ses pas dans ceux du narrateur pour établir les liens entre l'histoire individuelle et celle des hommes.
Le style lui-même nous plonge dans l'atmosphère de l'entre-deux guerres et j'ai retrouvé chez Ishiguro cette élégance paradoxale, à la fois distante et intime, si caractéristique de Virginia Woolf, dont il est indéniablement un digne héritier. La mémoire de Christopher Banks nous conduit insensiblement mais fermement à devenir les témoins impuissants de la perversion puis de la déchéance d'un monde, la Concession Internationale de Shanghai où tout s'articulait autour du trafic d'opium.
Le roman met aussi en lumière le passage du souvenir d'enfance, nourri de plaisir, au regard adulte. C'est un désenchantement qui doit être. La longue période d'études en Angleterre du héros met en place, comme à son insu, tous les leviers nécessaires à la destruction du passé idéalisé pour, peut-être, le comprendre et trouver la paix.
Avec Auprès de moi toujours, on plonge dans un tout autre cadre. Le monde d'aujourd'hui, ou presque. Car ce livre, sous une allure très policée, très "psychologique", est noir, bien plus que les deux précédents, lesquels laissent au héros la possibilité d'au moins comprendre sa destinée. Ici, c'est autre chose. Kath raconte comment elle a grandit avec d'autres dans une institution nommée Hailsham et comment cela a conditionné sa vie. Je suis en total désaccord avec la quatrième de couverture, je tiens à le signaler, au cas où qu'un éditeur passerait par ici. Hailsham n'a pas "frelaté" sa vie d'adulte comme cela y est écrit.
C'est leur vie même des héros (où plutôt des anti-héros) qui est frelatée, et ce dès l'origine. Les fondateurs de l'institution ont au contraire permis à leurs pensionnaires d'en saisir aussi toute l'horreur ce qui fait certes mal mais manifeste au moins un réel respect. En dire plus serait déflorer le roman mais c'est là le point central du livre.
Hailsham, personnage à part entière, nous fait imaginer l'inacceptable accepté et Ishiguro réussit à nous donner des sueurs froides. Là encore, son style précis, cernant chaque émotion, chaque souvenir avec la rigueur d'un entomologiste, nous donne à voir l'histoire de l'intérieur. Le lecteur devient cet individu condamné dès l'origine. C'est magistral et stupéfiant. J'avoue que des trois romans, c'est vraiment celui qui m'a paru le plus original, le plus effrayant, sans que cela n' enlève rien aux deux autres, bien sûr.

En plongeant dans l'univers Kazuo Ishiguro, j'ai découvert un monde à part entière et il siège d'emblée aux côtés des plus grands auteurs d'outre-manche. Le fait de le dire après tout le monde ne me gêne pas plus que ça. Mieux vaut tard que jamais, isn't it ?
LZ
22:02 Publié dans Au fil des lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
lundi, 24 mars 2008
Barbara Kingsolver
Traduction de Martine Becquié
Editions Rivage, mai 97
J’ai déjà parlé ici de Barbara Kingsolver, auteur américaine que j’aime énormément. Je viens de lire la seconde partie du diptyque dont Taylor Greer est l’héroïne. Dans ces deux romans, B. Kingsolver décrit une Amérique loin des gadgets à plus de mille dollars de chez Apple, sans téléphone portable, une Amérique pauvre et vivante, aux prises avec le réel que fabriquent, justement, les marchands de rêves. Deux romans ayant une continuité, bien entendu, mais très différents dans leur thématique et leur facture.
Le premier raconte comment, désireuse de fuir le destin ordinaire des filles du Kentucky, Taylor se retrouve finalement responsable d’une petite fille Cherokee dans une ville totalement inconnue. Rencontres et amitiés lui permettent de surmonter les difficultés matérielles et on voit se construire progressivement une philosophie de vie donnant à chaque élément une place, une valeur. L’immigration des « latinos », la nécessité du travail, l’exploitation qui en est faite, la solidarité, etc. Toutes ces choses croisent la route de Taylor qui répond aux sollicitations avec un humour et un dynamisme très attachant. Elle n’est pas la battante à l’américaine, elle n’est pas la self made woman qu’on peut montrer dans les shows. Elle ne construit pas une réussite sociale cherche à être, simplement, et l’accord avec soi-même est à l’évidence la seule chose qui compte pour elle.
Dans six cochons au paradis, on retrouve Taylor et la petite Turtle adoptée à la fin du premier opus mais cette fois, Taylor fuit une jeune juriste Cherokee venue lui rappeler que Turtle, parce qu’elle est Cherokee, est liée à sa tribu d’origine et ne peut être adoptée comme elle l’a été. Des lois posent un cadre pour protéger son identité indienne. Taylor ne voit alors qu’une chose : la vie déjà terriblement mouvementée de « sa » petite fille va être encore une fois bouleversée et son amour maternel ne le supporte pas.
Dans sa fuite, elle bouscule tout : l’amour qu’elle a fini par trouvé auprès de Jay, la relative sécurité matérielle qu’elle a réussi à stabiliser grâce à son travail et grâce à Jay lui-même. Tout est remis en question par sa panique au point qu’elle se retrouve dans la plus extrême précarité, au bord d’un tel gouffre qu’elle est en vient à reconsidérer ce qui la motive. Son amour protecteur n’est pas la seule chose à prendre en compte et lentement, Taylor, aidée de sa mère (déjà présente mais de manière à peine esquissée, dans l’arbre aux haricots) va trouver une voie médiane entre son propre attachement et les intérêts et besoins des autres.
A travers tout une galerie de portraits et d’histoires enchevêtrées, Barbara Kingsolver fait connaître la spécificité de la culture Cherokee et défend comme dans ses autres livres sa vision à la fois complexe et généreuse de l’humain. Je crois qu’elle répartit les règles qui régissent les choses en deux groupes : les règles individuelles, celles que nous nous forgeons et dont le premier tome décrit l’élaboration pour le personnage de Taylor, et celles qui préexistent, dont nous devons nous arranger, auxquelles Taylor se confronte dans le second tome. Pour trouver un équilibre entre ces deux pôles, il faut avant tout comprendre, semble dire B. Kingsolver. Comprendre ce que nous sommes, ce qui nous anime et nous pousse à agir mais aussi comprendre la raison sociale de nos liens, leur mode de fonctionnement et leur fonction.
Reste la question du choix du cadre. La Nation Cherokee est sans doute un exemple de règle sociale dont la logique n’est pas soumise à l’argent. Société installée dans les Etats-Unis, c’est une sorte d’univers non capitaliste au cœur du géant. C’est une autre logique sociale. Peut-être pas un idéal, mais un monde à dimension humaine et surtout à dessein humain, où la nécessité collective peut prendre en compte celle de l’individu, ses désirs et ses peines.
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mercredi, 12 mars 2008
Harper Lee : Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur
Traduction : Isabelle Stoïanov (2005), aux éditions Fallois
LGF, le livre de poche n° 30617
Il ne s'agit pas d'une nouveauté, on ne peut pas dire… publié pour la première fois en 1957, ce livre unique de Harper Lee a fait le tour du monde après avoir été un succès de librairie aux zussas et y avoir reçu le prix Pullitzer. Pourtant, il n'est pas si connu en France. A l'occasion de sa retraduction (excellente) et de sa réédition en poche, je l'ai relu avec un égal bonheur qu'il y a … quelques années.Années 30. La récession. Scout et Jem vivent avec leur père dans une ville du Sud, en Alabama. Scout est la narratrice, elle a 8 ans au début du récit, 11 à la fin. Atticus, son père, est avocat. Il ne se passe rien ou presque dans à Maycomb, copie presque conforme de Monroeville, en Alabama également où Nell Harper Lee a passé une partie de son enfance. C’est pourtant là, au milieu de faits insignifiants en apparence que Scout, narratrice innocente mais non pas stupide, nous fait redécouvrir une certaine saveur de la vie, son intensité transfigurée par les grands mystères auxquelles les enfants accrochent leur train : Le voisin Boo (alias Arthur Bradley) est-il une sorte de Zombie mort vivant ? Calpurnia la gouvernante a-t-elle une double vie, entre chez eux et le quartier nègre ? Tout est passionnant, tout est foisonnant pour la fillette bagarreuse qui découvre et raconte.
L'enfance va pourtant inexorablement se rapprocher de l'âge de raison le jour où Atticus est commis d'office pour défendre un homme accusé de viol. Particularité de ce procès : l'homme est noir, il n'a aucune chance de convaincre de son innocence un jury composé de blancs. Pourtant Atticus aura à cœur de tout mettre en œuvre pour son client, expliquant à ses enfants que "si l'homme doit certes vivre parmi ses congénères, il doit avant tout vivre avec lui-même, et que par conséquent [il] défendra son client de manière à rester en accord avec sa conscience".

Pour Scout et Jem, qui ne mettent pas en doute une seconde le bien fondé de la décision de leur père, c'est l'occasion de regarder autrement ceux qui les entourent, leur façon d'être, l'ordre social dans lequel tout semble figé. Remarquablement écrit, avec une fausse candeur souvent très drôle qui permet d'aller au cœur des questions, Nell Harper Lee dépeint en réalité à travers ce récit, dont le procès est sans aucun doute la clef de voûte, la façon dont s'élabore la conscience du monde. En suivant le questionnement de Scout, on mesure combien les réponses qu'apportent les adultes sont essentielles, combien l'exemple de ceux qu’on aime à de poids.
Si Atticus avait opté pour une réponse facile, s'il avait considéré son client comme un nègre sans importance et non comme un être humain à part entière, Scout et Jem seraient autres. Si leur voisine leur avait interdit son jardin, si Calpurnia et les siens les avaient rejetés parce que blancs, ils seraient devenus d'autres adultes. Le livre ne nous les montre pas si âgés mais on le sent, c'est en filigrane dans le texte.
Harper Lee a de l'admiration pour Atticus (personnage inspiré par son propre père) mais c'est une admiration d'adulte, de femme qui sait l'importance de l'engagement. Dans son livre, elle aborde ce point presque sans y toucher, laissant la part belle à toute une évocation de ce qu'est l'enfance, de cette fragilité en devenir, de la manière dont petit à petit se construisent les murs de l'édifice adulte. C'est d'ailleurs ce qu'évoque le titre : l'oiseau moqueur dont il est question est une sorte de petit merle qui connaît une incroyable variété de chants et qui semble parfois lancer un cri moqueur.
To kill a mocking-bird is a sin. "Tuer l’oiseau moqueur est un péché" explique Atticus, car il ne chante que pour le plaisir de nos oreilles, il ne nous nuit pas. Scout voit bien que cet oiseau n'est pas un ange, qu'il arrache des vers à la terre et les déchiquette à coup de bec mais ce qu'elle ne peut voir et qu'elle nous livre pourtant à travers la narration que lui confie l'auteur, c'est qu'elle-même est comme l'oiseau : elle possède la grâce de l'enfance aux multiples possibles.
Deux voix en une, la femme qui sait et l'enfant qui pressent, deux pays en un, celui des blancs celui des noirs, un même destin, humain, toujours humain, le tout avec une réelle légèreté qui a fait de la relecture de ce roman un moment de pur bonheur.
LZ
Photo 1 : couverture du livre (photo extraite de la Dorothea Lange collection, Oakland (Californie)
Photo 2 : Le Palais de justice de Monroevill (Alabama) e dont s'est inspiré Harper lee, aujourd'hui transformé en musée.
Photo 3 : Le fameux oiseau moqueur
Photo 4 : Nell Harper Lee aujourd'hui (+ de 80 ans)
11:00 Publié dans Au fil des lectures | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : harper lee
samedi, 01 mars 2008
Latifa Ben Mansour : L'année de l'Eclipse
J'ai pour Latifa Ben Mansour (sur qui j'ai déjà écrit ici ) une très grande affection mais, allez savoir pourquoi, j'ai attendu jusqu'à aujourd'hui pour lire son troisième roman. Il y a d'ailleurs une curieuse chronologie dans son écriture : Chaque roman nous rapproche du présent. Le tout premier revenait sur la guerre d'Algérie, le second traitait de la montée du fanatisme en Algérie et le troisième aborde les ravages de la guerre civile entraînés par ce même islamisme.
Nous sommes en 1999, année de la dernière éclipse totale de soleil visible en Europe avant longtemps. Hayba, vit à Paris, exilée d'Algérie à la suite du cauchemar de la mort de ses proches, son époux et sa fille étant les derniers d'une longue liste. Le récit se développe selon deux axes : d'une part nous vivons dans le présent de Hayba, malade de ses souvenirs et de la violence qui lui a été faite et d'autre part nous remontons le temps jusqu'à ces événements. Construction fort habile qui permet de dépeindre deux phénomènes et leur interaction.
Le premier est le dévoiement de l'islam, drame pour l'Algérie car on ne peut y concevoir la vie sans l'islam. Il faut bien comprendre que la notion de laïcité est une chose fondamentalement française. Elle s'appuie sur le Siècle des Lumières et même, sans aucun doute, sur le classicisme qui l'a précédé. C'est l'aboutissement d'une lente évolution des mentalités.
En Algérie, l'islam reste pour beaucoup Le modèle de pensée et ce n'est pas à l'origine un modèle fermé ni exclusif ni fanatique. L'islam a permis en effet l'émergence de sociétés des plus tolérantes à une époque où l'Europe nageait en plein obscurantisme religieux, rappelle Latifa Ben Mansour dans tous ses livres. L'époque d'al Andalous (14ème siècle) est l'âge d'or de l'islam occidental et on peut compléter son point de vue en considérant également l'empire Ottoman qui, s'il n'était certes pas un modèle de démocratie, n'était en tout cas pas le fait d'un islam fanatique, bien au contraire.
Comment remonter le fil de cette histoire brillante jusqu'à l'époque contemporaine ? Comment, de l'art Andalou mauresque arriver à l'hérésie d'aujourd'hui? Question inévitable car l'héritage subsiste dans le cœur de beaucoup alors que par ailleurs la violence s'installe, prenant appui sur la frustration et la peur d'une population restée en marge d'un enrichissement rapide, trop rapide, trop inégal.
Le second point abordé par ce roman fait le lien, bien sur, avec le présent et la souffrance de Hayba. Les deux sont liés à l'assassinat, au viol, devenus le corollaire du discours (pseudo) religieux dominant. Le discours prônant la peur et l'intolérance a pris le pas sur un héritage ancien lequel, s'il est aimé n'est pas pour autant idéalisé. Avant le drame Hayba et Abd el-Wahab sont des algériens en butte aux difficultés de la jeune génération. Ils aspirent à plus d'ouverture sur le monde, à une lecture plus libre des traditions… Mais cela ne rend pas la vie impossible. C'est juste la vie. L'enfer commence quand le discours extérieur pervertit les mentalités en faisant de la terreur et de la haine un mode de pensée, un mode d'être inculqué à des inconscients qui servent, à leur insu, l'intérêt bien ciblé de quelques uns.
Double parcours donc, jusqu'à l'horreur et à partir de l'horreur, qui renoue les fils d'une histoire incompréhensible sans cet éclairage. Quel avenir reste-t-il ? Celui d'une voie reposant à la fois sur les qualités de cœur, universelles par excellence, et sur les valeurs venues d'un héritage prestigieux dont n'ont pas à rougir les algériens propose l'auteur.
Nier la spécificité d'une culture pluri-séculaire a conduit à l'impasse. Appliquer des recettes importées d'Europe n'a fait qu'engendrer une réaction apocalyptique. Alors essayons autre chose, dit-elle.
Je trouve cela courageux. Il faut indéniablement un réel courage pour aller à l'encontre de la vision de l'islam en France. Il faut du courage aussi pour dire aux Algériens d'aujourd'hui de regarder en face la réalité (mais ça, c'est toujours dur, pour tout le monde). S'aveugler ne marche jamais qu'un temps et le réveil est alors pire que ce qu'on a fui.
Plaidoyer pour le respect et l'intelligence, ce livre mérite assurément qu'on s'y plonge. On y goûte une saveur et une force que la souffrance et la violence ne doivent pas briser car la rive nord de la méditerranée ne peut ignorer la rive sud, parce que, aussi, les algériens ont encore et toujours dans leur histoire et dans leur culture quelque chose à offrir au monde.
LZ
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mercredi, 20 février 2008
Markus Zusak, La voleuse de livre
Editions Pocket Jeunesse, 2007
Voilà que resurgit ma vieille rébellion contre les frontières entre les supposés niveaux de lecture. Comme vous le voyez ci-dessus, La Voleuse de livres est publié par des éditions jeunesse. Ce n’est pourtant pas un livre "pour les jeunes". Il peut être lu par des ados, certes, avec le plus grand profit, mais cantonner ce texte à ce public serait le priver injustement d’une plus vaste audience largement méritée.
De quoi s’agit-il ? La mort elle-même nous raconte la vie de Liesel, de 1939 à 1943. Elle qui voit tant et tant d’humains défiler entre ses bras, elle qui réalise des prodiges d’ubiquité pour répondre à la soif de puissance de certains, elle va s’attacher au destin d’une petite fille qui lui échappe à plusieurs reprises, Liesel. La Mort a d'ailleurs le bon goût de se réjouir de n’avoir pas eu à lui prendre sa jeune vie.
Allemagne nazie donc. Dans la banlieue de Munich, Liesel doit apprendre à vivre avec la disparition de son père, mystérieusement "Kommunist", la mort de son petit frère et l’abandon de sa mère. Triste début ? Oui. Mais cela pourrait être pire, surtout dans cette ville, à cette époque. Elle est recueillie par Hans et Rosa, de très braves gens, qui, tout comme elle, tentent de traverser le nazisme et la guerre en préservant leur humanité et ce n’est pas facile. Autour d'elle vont également graviter des personnages aussi différents que son voisin, le jeune Rudy aux cheveux jaune citron, la femme du maire ou Max, le boxeur juif. Tout cela est assez inracontable mais donne un livre d'une étonnante justesse (me semble-t-il) sur l'Allemagne de cette époque. Disons que cela sonne très "plausible".
C'est une vue de l'intérieur. Le nazisme est ce qu'on en sait, endoctrinement, une machine à terroriser et les Munichois sont semblables aux anglais, aux français : ils vivent les restrictions, la désinformation, les bombardements et comme ailleurs, la mort passe leur rendre visite plus souvent qu'en temps ordinaire. Or Liesel ne sais pas grand chose de la politique ni de l'Histoire. C'est ce qui donne à ce livre toute sa densité. Elle vit au cœur d'une tourmente qui a marqué l'histoire pour longtemps mais elle le vit au quotidien et ce qu'elle voit de cruauté ou de bonté autour d'elle n'est rien de plus que l'humain.
Elle va comprendre cela grâce aux mots. En apprenant à lire dans les conditions les plus difficiles, elle découvre leur puissance, leur ambivalence aussi. Il y a les mots ambiants, les mots du Führer qui traquent le pire en l'homme. Il y a les mots du cœur, couchés en d'inaccessibles livres qu'elle va devoir voler pour survivre. Faim de mots et faim de vie fusionnent. Pourtant, ce qu'elle dérobe avec avidité va lentement mûrir en elle et la Mort nous guide jusqu'au parachèvement de cette évolution : Liesel, après avoir volé les livres nécessaires à sa survie, va finalement s'approprier les mots, pour vivre cette fois, pleinement, longuement.
Markus Zusak arrive à nous faire toucher du doigt en quoi les allemands, tous ces civils, adhérents de base du parti nazi dont on ne sait plus les noms, ne sont pas si différents de nous. Plus on avance dans la lecture, plus on devient ces gens simples. Leurs souffrances deviennent nôtres comme les mots des auteurs allemands lus par Liesel deviennent siens. Elle et nous, lecteurs, nous retrouvons devant cette lancinante question : Quel choix avons-nous devant la force conjuguée de l'Histoire et de notre propre tempérament ? Pourquoi un homme comme Hans est-il si enjoué, si doué pour être heureux alors que le jeune chef des Jeunesses Hitlériennes ne semble comprendre que la cruauté et la bêtise ? Réflexion sur le libre-arbitre sans conclusion définitive, bien sûr, pour Zusak pas plus que pour nous. Mais la question traverse son livre et intrigue la Mort.
Posée par elle, probablement la part de nous-même la plus intimement reliée à la vie, la question de ce qu'est la réalité de notre âme nous invite à découvrir, en marchant dans les pas de la jeune voleuse de livres, ce qui fait l'essence même de l'humain, sa grandeur triste, son cœur - ambivalent, comme tout ce qui se trouve piégé entre la vie et la mort.
A lire donc, une magnifique œuvre littéraire que vous pourrez, ensuite, prêter à vos enfants...
LZ
Peinture ci dessus : Danse macabre - peinture sur bois 16ème siècle
anonyme, Musée de Füssen
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mercredi, 06 février 2008
Mahi Binebine : Cannibales,
traversée dans l'enfer de Gibraltar,
Editions de l'Aube, 2005 (réédition de l'édition Fayard 1999)
*
Voilà pourquoi on trouve des "Momo" et le passeur, sa barque noire, inquiétante, venue répondre au désir si pressant de partir. Chevillée aux corps et aux esprits, il y a la croyance qu'en Europe, en France tout particulièrement, un mieux sera possible, malgré les récits alarmants de ceux qui reviennent, malgré ce qu'on sait et qu'on ne veut pas entendre.
Mahi Binebine nous restitue avec économie pourrait-on dire, cette soif de vie associée au droit inaliénable mais insuffisant à l'espoir. Ceux qui n'ont plus rien veulent aller là où ils pourraient avoir quelque chose et, par conséquent, redevenir visibles, reconnus. Ce miroir aux alouettes les piège, les détruit. Tanger est la caverne scintillante aux relents de crasse et de kif qui engloutit ceux qui ont perdu l'attache de la terre, ceux qui, dans leur esprit, sont dépossédés de tout, même du lieu.*Photo de Mahi Binebine himself, vous vous en doutiez...
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jeudi, 31 janvier 2008
Assia Djebar : La disparition de la langue Française
Paru en 2003 chez Albin Michel
publié maintenant chez LGF, le Livre de poche,
Avec la disparition de la langue française, un roman, elle nous livre une réflexion sans facilité sur ce que devient un pays après sa décolonisation. Je crois en effet que malgré la localisation très algérienne du récit, malgré sa présence quasi charnelle, la réflexion menée sur la relation entre langue française et langue arabe pose directement la question "et après ?", laquelle intéresse tous les pays nés des décolonisations.L’impact de l’histoire, des événements et du sang sont une chose. Une chose terrible, ineffaçable. Cependant, il conditionne une autre véritable transformation, presque plus irréversible que celle des institutions ou des frontières. Parler façonne l’esprit. Berkane, le héros, vit l'arabe comme la langue du cœur, la langue sensuelle qui vous est donnée par votre mère, la langue qui délivre le plus grand plaisir et apaise l'âme. Pourtant, il a aimé en français. Il a vécu en français, il réfléchit en français et si cette langue est devenue langue "de tête", elle n'est pas pourtant dénué d'affect pour lui. à l'occasion de son retour en Algérie, il découvre que ce qu'il lui faut apprivoiser n'est pas tant une guerre de souvenirs que cet étrange conflit, intime, impartageable.
Que se passe-t-il quand la langue reste et que les troupes s’en vont ? Que devient cette langue, acquise mais introduite au plus intime de soi et vécue dans la relation à l'autre ?
Les femmes qui entourent Berkane sont l'incarnation du tissage serré des langues autour de nous. Les deux langues sont les deux visages de Berkane, tout comme sa relation avec les deux femmes du livre sont deux manières complémentaires d'appréhender le monde. Le français le fait entrer dans la trame des choses et Marise est celle avec qui il est allé au plus près de l'amour. L'arabe le ramène à la brûlure de l'enfance, l'immédiateté de l'amour maternel, charnel et Nadjia est celle qui en quelques nuits le rend à la mémoire, lui redonne sa place dans l'histoire de sa terre d'origine.
Que peut alors devenir Berkane, vêtu de deux robes de langage, quand autour de lui des hommes projettent sur le présent la caricature d'un passé méconnu. Le monde algérien contemporain est nourri des multiples langues qui naviguent à travers son histoire. Le français et l'arabe bien sûr mais aussi les différents dialectes, plus les langues de kabylies, le tiffinagh…
Un beau roman donc, à lire avec mesure et recul, dont la force allégorique est renforcée par l'écriture très "africaine" d'Assia Djebar, son souffle, sa puissance visonnaire.
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vendredi, 11 janvier 2008
Dom Casmurro et les yeux de ressac
Dom Casmurro et les yeux de ressac, de J. M. Machado de Assis,
Traductrice : Anne-Marie Quint
ed° Métaillé, 2005

Il l'a connue tout petit. Elle était sa voisine. Dans une langue magique, ressemblant à de la dentelle, à coup de chapitres très courts, Machado plante avec une délicatesse subtile le décors dans lequel vont évoluer ses personnages. Une vieille maison familiale, une mère et son fils s'aimant plus que tout, le cadre bourgeois, solide et pieux… La fraîcheur du début est désarmante, on tombe sous le charme.
L'amour est révélé à Bentinho ( 15 ans) quand on lui parle d'entrer au séminaire, de devenir prêtre, selon le vœux fait à sa naissance par sa mère. Une phrase entendue dans le couloir lui livre la cause de cette décision : on le soupçonne de trop s'attacher à sa jeune voisine, la belle Capitou.
O surprise ! il ne s'en était pas même rendu compte. Et pourtant, force lui est de reconnaître que c'est vrai. Mieux encore, il s'aperçoit que c'est réciproque. Le voici amoureux et aimé sans l'avoir même espéré. S'ensuit une délicieuse description des affres du premier amour : découverte de l'amitié, angoisse de la jalousie, découverte de soi à travers l'épreuve douce et brutale de l'amour.
Vient ensuite l'âge d'homme. Le caractère du narrateur a pris forme. Au bonheur initial s'ajoute le bonheur social, la réussite. On se prend presque à douter que le livre ait un intérêt quelconque tant le bonheur simple, sans question, fleurit à chaque page. Pourtant celui qui raconte est vieux, bourru, amer, on le sent à ses remarques, au ton désabusé et ironique avec lequel il peint ce bonheur visiblement enfui. Mieux encore, derrière lui, Joaquim Machado de Assis nous peint société se voulant lisse, polie et sans histoire. Peut-être est-ce une interprétation abusive de ma part mais j'ai trouvé sous le bonheur de l'avocat Bentinho l'hypocrisie onctueuse d'une société catholique refusant de voir le sale et le gris derrière le décors.Puis vient la catastrophe. Rattrapé par une jalousie maladive, Bentino surprend, lors des obsèques de son meilleur ami, un regard de sa femme qui la lui fait juger coupable. Tout bascule alors pour lui, et son fils même devient suspect à ses yeux. Obsédé par l'idée d'une éventuelle trahison, le verni pieux de l'enfant choyé par sa mère tout comme celui de l'avocat minutieux et soucieux de justice volent en éclat. L'idée du pardon ne l'effleure pas, l'éventualité de son erreur ne l'effleure pas. Campé sur ses positions, il renie avec arrogance la famille qu'il a tant choyée, sa déception et son malheur s'élevant à la hauteur de ses illusions et de son désir désormais devenu frustration.
Tout ceci avec une élégance qui ne se dément jamais. L'avocat garde ses manières et son style policés. Seule l'amertume et la solitude emplissent désormais ses jours et ses pages, malgré tous les efforts de justification.
La fable est dite, Dom Casmurro a désormais son visage de vieux bonhomme mal embouché et on sait désormais que le visage du bonheur n'était qu'un leurre, non parce que cosi fan tutte, mais parce qu'en soi il y a ce poison du soupçon et de la haine, cette incapacité à aimer.
Un très beau livre dont la traduction préserve l'élégance d'un langage qui a la curieuse particularité d'associer poésie et cruauté, pour peu qu'on laisse glisser le regard entre les lignes.
17:55 Publié dans Au fil des lectures | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Machado de Assis



